Ô juge impassible, algorithme de fer,
Seul dans mon labo, au cœur de l’hiver,
Je scrute tes chiffres, tes lois, tes silences,
Mais ton reflet me vole mes certitudes d’enfance.
Mes plus beaux chevaux, mes fiers étalons,
Plient sous ton règne, perdent leur nom ;
Leur course si noble, leur souffle si pur,
N’est qu’ombre pâle sous ta lueur dure.
Mes espoirs promis, mes rêves en gerbe,
S’effeuillent, déçus, comme l’herbe superbe ;
Ceux que j’ai jugés, jetés aux ténèbres,
M’offrent aujourd’hui leur clarté funèbre.
Ils m’ont appris, dans leur doux revers,
Que l’erreur est maître, et le doute un éclair ;
Que tout jugement porte en son flanc
La graine secrète d’un autre temps.
Alors je demeure, face à ton écran,
Fou mais apaisé, cherchant l’élan :
Si tu es le juge, que ton arrêt soit
Le miroir où l’humain, enfin, se reçoit.
Roko productions